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Histoire d’un tube : « La Bohème » de Charles Aznavour (1965)

Depuis son décès, les chansons intemporelles de Charles Aznavour tournent en boucle dans la mémoire des Français. Parmi ses innombrables classiques, « La bohème » s’impose comme l’un de ses plus grands titres. Entre nostalgie, évocation de Montmartre et dure vie des artistes, Aznavour a fait de ce titre un véritable succès en même temps qu’il a fait naître une rivalité avec Georges Guétary. Explications !

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« Je vous parle d’un temps / Que les moins de vingt ans / Ne peuvent pas connaître » : ces mythiques paroles tournent en boucle sur les radios et télévisions de la France entière ces derniers jours. Depuis le décès de Charles Aznavour, « La bohème » est un de ses classiques que l’on entend le plus souvent et, de facto, une des chansons préférées des Français. Pour preuve, mardi matin, le titre pointait à la deuxième place des titres les plus téléchargés sur iTunes. Mais derrière ce classique intemporel que (presque) toutes les générations connaissent par coeur depuis 53 ans, se cache une histoire assez singulière.

A la sortie du titre, en 1965, Charles Aznavour est un artiste installé depuis 12 ans sur la scène française mais traîne une réputation sulfureuse à cause des titres « Après l’amour » ou « Je veux te dire adieu », considérées comme très explicites au milieu des années 50. Après avoir signé plusieurs tubes comme « Hier encore » ou « For Me Formidable » en 1964, le chanteur s’attelle à la composition d’un nouveau titre, intitulé « La bohème ». Charles Aznavour y évoque l’histoire d’un peintre qui se remémore avec nostalgie ses années sur la butte Montmartre. Mais derrière cette histoire, beaucoup y ont aussi vu un titre presque autobiographique. Concocté par l’artiste lui-même et par Jacques Plante, le morceau est premièrement proposé à Georges Guétary, au sein de l’opérette « Monsieur Carnaval ». En 2012, à l’occasion de l’exposition « Bohèmes » organisée au Grand Palais, le chanteur revenait sur l’origine de ce classique : « Jacques Plante a écrit le texte et moi la musique. Il se trouve que Maurice Lehmann, directeur du Châtelet, nous a dit « Il manque une chanson populaire qui parle de la bohème » ». Cependant, la maison de disques presse Aznavour d’enregistrer sa propre version du titre, avant même que ne soit créé le spectacle.

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Sans prévenir Guétary, Charles Aznavour s’exécute et la chanson connaît un succès immédiat. Avec plus de 200.000 ventes au compteur, le single se classe dans le top 10 de l’époque aux côtés de « Michelle » des Beatles ou « Le diable me pardonne » de Johnny Hallyday. Un carton qui ne plait pas à Georges Guétary, furieux de voir qu’on lui a « volé » sa chanson. Dans les semaines qui suivent, un querelle médiatique explose entre les maisons de disques des deux chanteurs, Barclay et Pathé-Marconi. Finalement, la version de Guétary connaîtra aussi le succès, permettant aux deux chanteurs de se réconcilier, via l’intermédiaire de Frédéric Dard.

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« Je ne crois pas que la bohème existe aujourd’hui »

Derrière cette évocation nostalgique d’un Montmartre quasi utopique, Charles Aznavour fait l’état des lieux de la vie d’un artiste à une époque « que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » et où ces artistes vivaient littéralement au jour le jour : « Nous ne mangions qu’un jour sur deux / Dans les cafés voisins / Nous étions quelques-uns / Qui attendions la gloire / Et bien que miséreux / Avec le ventre creux / Nous ne cessions d’y croire ». A la fin du titre, Charles Aznavour chante son retour sur les lieux qui ont bien changé depuis : « Quand au hasard des jours / Je m’en vais faire un tour / À mon ancienne adresse / Je ne reconnais plus / Ni les murs, ni les rues (…) Montmartre semble triste / Et les lilas sont morts »

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Un monde éloigné et reculé que semble regretter le chanteur comme il le déclarait toujours en 2012 : « Quand on avait un verre à boire et un morceau à manger on était heureux. Aujourd’hui, on veut avoir l’argent pour se le payer. Je ne crois pas que la bohème existe aujourd’hui. Les Américains essaient de la créer avec le Village à New-York. C’est une sorte de bohème qui n’est pas désagréable mais ce n’est pas LA bohème ». Le titre a voyagé et, après des versions en italien ou en anglais interprétées par Aznavour lui-même, a connu de nombreuses reprises, notamment une de Kendji en 2014 pour le projet « Aznavour, sa jeunesse ». Jusqu’à ses derniers jours, Charles Aznavour répétait à qui voulait l’entendre que « La bohème » restait la chanson favorite de son propre répertoire, qu’il a chantée jusqu’à son dernier concert. Au vu de l’intensité qu’il y mettait à chaque interprétation, on est enclin à le croire.
Théau Berthelot

Ecoutez Charles Aznavour chanter La bohème dans les vidéos 1960 !

Phil

octobre 10th, 2018

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